-Now and Then and Now   (10'10 – 2012) – dédiée à Julien Feltrin

       Pour flûtes à bec (contrebasse Paetzold, ténor et soprano) et dispositif électronique (Commande du Centre Henri Pousseur)   

       • création le 15 mars 2012 par Julien Feltrin et Nicolas Vérin


écoutez un extrait (mp3), par Julien Feltrin et Nicolas Vérin :

    Now and Then and Now (extr.)

Description

La rencontre avec Julien Feltrin m’a immédiatement donné envie d’écrire une pièce pour lui, et notamment pour la Paetzold contrebasse. Cet instrument fascinant puise ses sources dans le passé ancien de la flûte à bec tout en étant résolument moderne. Mon choix de le confronter avec l’électronique évoque aussi irrésistiblement un mélange d’époques. Dans la pièce, l’ordinateur enregistre certains passages à la volée, qui sont ensuite explorés au ralenti par un filtrage faisant ressortir leurs composantes les unes après les autres, tel un souvenir voilé. Deux tableaux que j’ai mis en regard m’ont également inspiré : le Combat de Carnaval et Carême de Bruegel et le Carnaval d’Arlequin de Miro. Cela m’a conduit à mettre en oeuvre l’opposition entre un élément irrationnel et une norme sévère. J’ai ensuite rajouté deux éléments complémentaires, pour arriver à quatre trames qui seront combinées.
I : irrationnel - un son de larsen (sifflement aigu, enregistré en studio) en constitue le modèle ;
II : norme - ostinato de notes répétées par groupes de 5 avec des attaques en augmentation systématique ;
III : passage de l’horizontal au vertical, au moyen de sons multiphoniques attaqués sur une seule note et qui se déploient en un son complexe, entre accord et timbre ;
IV : séquence de onze impulsions bruitées, attaques très brèves, percussions de clés, onomatopées vocales, sons électroacoustiques divers.
Chacune de ces trames expose à divers intervalles une variation ou le modèle. Seule la deuxième, fidèle à son principe de norme présente le modèle en premier tel un thème et variation classique. Les autres commencent par une variation, pour s’approcher du modèle, puis éventuellement s’en éloigner. Par exemple, le début de l’oeuvre est constitué de la première présentation de la trame I, le larsen transposé, varié, et transcrit à la flûte à bec ténor, avec des traitements électroniques. Il reviendra 2 min. plus tard, varié, et 1 min. après dans une autre variation, et encore 40 sec. plus tard à la soprano. Les variations suivantes seront présentées uniquement à l’électronique, arrivant dans la 6e à l’original, pour s’en écarter ensuite par d’autres variations.
Après la première présentation de la première trame vient la première présentation de la deuxième trame, puis la première présentation de la troisième. Chaque variation intervient à un intervalle de temps allant en s’éloignant  (pour  la III) ou en se resserrant  (pour les I et IV), sauf la II qui revient de façon régulière, toutes les 1’15’’. De même les durées de chaque variation vont en s’allongeant ((IV) ou se raccourcissant (I et III), sauf la II qui fait 18’’ à chaque fois.
De légers silences peuvent intervenir, et au bout d’un certain temps des superpositions commencent à avoir lieu. Quelques bourdons sont ajoutés librement, pour habiter les silences, pour donner du liant et un soutien harmonique.
Cela donne une forme en mosaïque telle qu’a pu l’employer Roger Reynolds, à partir de son oeuvre Archipelago, et qui fut mon professeur de composition à San Diego, et à qui je rend ici hommage (cf. Nicolas Vérin "analyse de Archipelago" Inharmoniques n°8, Paris, 1991).

Remerciements à Julien Feltrin, dont le talent a inspiré cette pièce et qui a généreusement donné de son temps et de ses bons conseils, ainsi qu’à l'équipe du Centre Henri Pousseur de Liège, Marie-Isabelle Collart, Jean-Marc Sullon et Patrick Delges.

Réalisation : studio Impulsion et Centre Henri Pousseur

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